Le Père Lagrange (1855-1938)

Quelques éléments biographiques pour mieux connaître cette grande figure dominicaine (article du frère Manuel Rivero op). D’autres éléments sur le site qui lui est consacré.

perelagrangeSA PASSION POUR LA BIBLE.
Albert Lagrange est né à Bourg-en-Bresse, le 7 mars 1855, fête de saint Thomas d’Aquin. Après avoir été élève du Petit Séminaire d’Autun, il entreprend des études en Droit jusqu’à l’obtention du doctorat. Ses confrères l’élisent secrétaire de la conférence d’avocats de Paris. Mais ce jeune avocat sent l’appel au sacerdoce. Il rentre au Séminaire de Saint-Sulpice à Issy-les-Moulineaux. Attiré par l’idéal de saint Dominique, il prend l’habit dominicain, pour la province de Toulouse, le 5 octobre 1879 à Saint-Maximin, en Provence.
En 1880, au moment où les religieux font l’objet d’un décret d’expulsion, le Fr. Lagrange part en exil au couvent de Salamanque en Espagne. Il gardera de ces années passées en Castille le souvenir d’une vie religieuse studieuse et contemplative. En 1883, il est ordonné prêtre à Zamora. Et en 1884, l’occasion lui est donnée de revenir en France, dans la ville de Toulouse, où il enseignera et prêchera l’Évangile.
Après avoir réalisé des études d’orientalisme à l’Université de Vienne, le fr. Lagrange est envoyé à Jérusalem avec la charge de fonder une École d’Écriture Sainte. Il consacrera toute sa vie à l’étude des langues orientales (l’assyrien, l’égyptien, l’arabe, l’hébreu talmudique…), à l’enseignement de l’exégèse et à la recherche biblique. Ses ouvrages « La méthode historique » et « L’Évangile de Jésus-Christ » ont connu une grande diffusion. Ils font partie du patrimoine culturel des prêtres et des laïcs. Il faut dire que le fr. Lagrange a relevé un grand défi : la critique rationaliste et moderniste de la Bible. Les observations des rationalistes comme Renan faisaient perdre l’équilibre à beaucoup de chrétiens. Il fallait prendre le taureau par les cornes. Le fr. Lagrange étudia la critique textuelle et la critique littéraire, l’archéologie, la géographie palestinienne, la topographie… Il tenait à la pédagogie pratique. Aussi se déplaçait-il sur le terrain où le peuple de Dieu a vécu les grands événements de l’Histoire du salut.
Comme tout dominicain, notre frère était habité par la passion de la Vérité. Il savait que la vérité libère l’homme et que le croyant n’a pas à craindre les découvertes scientifiques. Malgré son énorme érudition, l’étude du fr. Lagrange n’était point une approche sèche ni rébarbative. Tout en insistant sur « l’humble sens littéral » des Écritures, par rapport aux interprétations fantaisistes, ses études bibliques se caractérisaient par la fraîcheur et la lumière. Sa recherche s’épanouissait dans une connaissance de Dieu, savoureuse, personnelle et vivifiante.

SOlagrange-barbe-blancheN AMOUR POUR L’EGLISE.
Le fr. Lagrange s’est heurté à la méfiance et à la condamnation. Sa démarche n’a pas toujours été comprise. Ses découvertes faisaient peur à certains responsables de la hiérarchie romaine. Mais rien ne l’empêcha de vivre sa passion pour la science biblique. Il ne fut à aucun moment un marginal. Le fr. Lagrange fit toujours preuve d’amour et d’humble obéissance à l’égard de la « Sainte Mère Église », comme il aimait à dire. Son attachement à l’Église n’ira pas sans souffrances. Aussi s’était-il exclamé : « Celui qui n’a pas souffert pour l’Église ne sait pas ce qu’est aimer l’Église. »
Il étudiait pour « servir l’Église ». La prière et le travail, voilà ce qu’il demandait à Dieu. Il respectait l’autorité de l’Église, comme le montre son testament spirituel :
« Je déclare devant Dieu que mon intention est de mourir dans la Sainte Église Catholique, à laquelle j’ai toujours appartenu de cœur et d’âme depuis mon baptême, et de mourir fidèle à mes vœux de pauvreté, de chasteté et d’obéissance dans l’Ordre de saint Dominique. Je me recommande pour cela à mon bon Sauveur Jésus et au prières de sa très sainte Mère, toujours si bonne pour moi. Je déclare aussi – de la manière la plus expresse – que je soumets au jugement du Siège apostolique tout ce que j’ai écrit. Je crois pouvoir ajouter que j’ai toujours eu l’intention de contribuer au bien dans toutes mes études, je veux dire le Règne du Christ, l’honneur de l’Église, le bien des âmes. »

SA DÉVOTION MARIALE.
En effet, le fr. Lagrange était un homme fervent, c’est-à-dire, un homme dont la prière était feu. Il confiait toutes ses entreprises à la prière de la Vierge Marie. Marie était vraiment sa Mère spirituelle. Avec Elle, il méditait l’Évangile. Grâce à la prière du Rosaire, son étude devenait prière. Il n’est donc pas étonnant de voir cité dans l’avant-propos de son Commentaire de l’Évangile de saint Jean ce beau texte d’Origène : « Osons le dire, les Évangiles sont la part choisie parmi les autres : nul ne peut en acquérir l’esprit s’il n’a pas reposé sur la poitrine de Jésus et s’il n’a pas reçu, de Jésus, Marie pour sa mère. Le nom de Marie cependant ranime la confiance. C’est par Elle que nous implorons la lumière surnaturelle nécessaire à l’intelligence, quelle qu’elle soit, d’un livre si chargé de sens divin. »
En parlant de l’influence de Marie dans l’éducation de Jésus enfant, il écrivait : « S’il était permis de pousser jusque-là l’analyse de son développement humain, on dirait qu’il y a eu en Jésus, comme en d’autres, quelque chose de l’influence de sa Mère. Sa grâce, sa finesse exquise, sa douceur indulgente, n’appartiennent qu’à lui. Mais c’est bien par là que se distinguent ceux qui ont senti souvent leur cœur comme détrempé par la tendresse maternelle, leur esprit affiné par les causeries avec la femme vénérée et tendrement aimée qui se plaisait à les initier aux nuances les plus délicates de la vie. »
Le fr. Lagrange insistait aussi sur la participation de la Vierge Marie au salut accompli par son Fils : « Notre piété envers Marie voit aussi, dans l’attitude de celle qui se tenait au pied de la croix, un indice de la place qu’elle occupe dans notre rédemption. Elle compatissait aux souffrances de son Fils, elle compatissait à nos maux, elle souffrait avec Lui, sans rien ajouter à ses mérites infinis, mais en y joignant les siens, en s’associant à l’œuvre de celui qu’elle avait donné au monde pour le sauver, non moins participante de son œuvre à sa mort qu’à sa naissance. »
En s’adressant aux laïcs dominicains, le fr. Lagrange enseignait : « Le Rosaire est un résumé de l’Évangile, nous orientant vers la fin que nous fait espérer l’Incarnation et la Passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Mais alors le rosaire supplée à la lecture de l’Écriture, et la rend inutile ? Disons plutôt qu’il la fait désirer, qu’il nous la rend même nécessaire, si nous voulons réellement avoir devant les yeux les mystères que nous devons méditer. » Oui, sa dévotion mariale était pétrie d’Écriture. Et l’étude de l’Écriture le conduisait à la contemplation du Rosaire.
Tout au long de son existence jusqu’au moment de sa mort, survenue à Saint-Maximin le 10 mars 1938, le fr. Lagrange eut Marie comme reine de sa pensée. Ceux qui l’ont côtoyé témoignent des sentiments de respect et d’affection qu’ils éprouvaient en sa présence. Marie avait aussi marqué le cœur de ce savant si modeste et affable.
Aujourd’hui, les chrétiens ont pris conscience de l’importance capitale de l’Écriture comme fondement de la foi. Puissions-nous à l’exemple du fr. Lagrange accueillir Marie comme Mère de la Parole faite chair ! Et n’oublions pas qu’il intercède pour nous avec la Vierge Marie et tous les saints.

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